20 février 2015

Sexualité : en parler sans tabou !

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La sexualité au-delà de 50 ans reste encore de nos jours envahie de tabous et de stéréotypes. Pourtant, en vieillissant, de nombreux couples veulent et peuvent encore mener une vie sexuelle épanouie. Si les différents changements du corps liés à l’âge altèrent parfois le désir et le plaisir, de nombreuses solutions existent…

La sexualité des plus âgés

Bien que cela puisse être parfois embarrassant pour leurs proches et/ou le personnel soignant, nombre de 70 et plus désirent poursuivre, voire reprendre une vie sexuelle. Car si l’âge altère le corps, il n’éteint pas pour autant le désir et le besoin de tendresse… 


Aussi étrange, difficile, voire choquant que cela puisse paraître, les seniors sont loin d’être tous « à la retraite sexuelle » ! Ni l’âge ni les problèmes de santé n’éteignent le désir et le plaisir sexuel. Du moins, pas chez tout le monde. A 70 ans, environ deux tiers des hommes et plus d’un tiers des femmes se déclarent encore sexuellement actifs. « Mon patient le plus âgé avait 99 ans lorsqu’il est venu me voir pour la première fois, car il souffrait de troubles de l’érection “depuis quelques mois” ! », raconte le Dr Sylvain Mimoun, gynécologue et andrologue. « Et j’ai eu une patiente de 88 ans qui faisait encore régulièrement l’amour… » Désirer ou avoir des rapports sexuels à 75, 80, voire 90 ans n’est donc ni marginal ni « anormal » ni malsain. Mieux : une sexualité épanouie allongerait l’espérance de vie et améliorerait l’état de santé... 


Le regard des autres 
Bien que l’on aille aujourd’hui vers davantage de tolérance, la sexualité, au delà d’un certain âge, est encore souvent niée, stigmatisée, voire interdite, notamment en maisons de retraite. « Certains membres du personnel ont tendance à projeter leurs propres tabous sur les patients », estime le Dr Mimoun. « Imaginer leurs propres parents ou grands-parents avoir des rapports sexuels les choque et, à ce titre, ils peuvent mal réagir à l’égard des galipettes de leurs pensionnaires ! » C’est encore plus vrai chez les enfants des seniors, notamment lorsque ces derniers rencontrent un nouveau compagnon ou une nouvelle compagne. « S’ils vivent mal cette nouvelle relation, les enfants ont tendance à s’en mêler. La personne âgée peut alors elle-même y mettre un frein, voire y renoncer, pour ne pas fâcher ses proches. » 


Quand l’âge s’en mêle
Le regard d’autrui n’est pas le seul obstacle à la sexualité des personnes âgées. « L’idée que certains se font de la vieillesse et notamment de la ménopause peut également les bloquer, surtout lorsque des problèmes de santé viennent compliquer les mécanismes sexuels », poursuit le Dr Mimoun. « Or, dans ce domaine, c’est la fonction qui fait l’organe. Si vous ne faites plus l’amour, au bout d’un moment, vous ne vous y intéressez plus ! »    


Une sexualité différente
Que ce soit dans le cadre d’une vie de couple ou d’une nouvelle rencontre, la sexualité évolue (forcément) avec l’âge. « La physiologie modifie la sexualité en terme de durée et d’intensité », explique le médecin. « Souvent, la phase d’excitation sexuelle (érection ou lubrification vaginale) s’avère plus longue, l’orgasme est atteint plus lentement ou plus difficilement, et peut s’avérer moins intense qu’autrefois. Le rapport au temps est différent, mais n’empêche nullement la sensualité, les caresses et la tendresse, au contraire ! » Pour peu que chacun y mette du sien, que la communication au sein du couple soit bonne et que le consentement soit mutuel, rien n’est interdit, rien n’est obligatoire.


Médicaments et libido ne font pas toujours bon ménage

Certains traitements médicamenteux peuvent avoir une influence négative sur la vie sexuelle, notamment sur la libido. Lesquels ? Comment faire pour retrouver du désir sexuel, sans mettre sa santé en danger ? 


Tous les médicaments peuvent avoir des effets secondaires indésirables. Et de nombreux traitements peuvent diminuer la libido (le désir sexuel) et altérer certaines fonctions sexuelles, surtout s’ils sont pris au long cours. Ce qui est souvent le cas quand on avance en âge ! 
Parmi les médicaments qui ont un impact sur la sexualité, citons :
• les antidépresseurs, particulièrement ceux à base de sérotonine ;
• les neuroleptiques, c’est-à-dire les médicaments administrés en cas de psychose par exemple ;
• certains antihypertenseurs comme les bêtabloquants ;
• certains traitements anti-cancer comme les traitements hormonaux administrés dans le cancer de la prostate chez l’homme ou le cancer du sein chez la femme
• etc. 

Quels effets sur la sexualité ?
Selon le médicament et l’âge, le profil et le sexe du patient, les impacts sur la sexualité ne sont pas les mêmes. « La plupart de ces médicaments n’empêchent pas forcément l’érection, la lubrification du vagin ou la survenue de l’orgasme », explique le Dr Sylvain Mimoun, gynécologue et andrologue. « Par contre, ils peuvent les retarder, les ralentir, les gêner ou encore en réduire l’intensité. Ce qui peut diminuer la libido et, par conséquent, la fréquence des rapports sexuels».

Équilibrer le traitement

Dans tous les cas, hors de question de cesser de prendre un médicament ou d’en diminuer les doses sans l’aval du médecin ! « Le plus important est de traiter la maladie qui a justifié la prescription du médicament en cause », rappelle le Dr Mimoun. « On n’interrompt pas un traitement contre le cancer, par exemple, sous prétexte que l’on souffre (temporairement) de troubles de l’érection ou de sécheresse vaginale ! Par contre, le médecin traitant ou le spécialiste peut prescrire un traitement visant à améliorer la difficulté sexuelle, en dépit de la maladie. Un seul mot d’ordre : ne rien décider tout(e) seul(e) ! »

Attention aux faux remèdes !
En cas de baisse de la libido ou de troubles de la fonction sexuelle, il est déconseillé de recourir aux remèdes soi-disant miracles, vendus sur internet ou dans les sex-shops ! Ces produits ne sont pas des médicaments. Ils n’ont donc pas été testés cliniquement ni étudiés scientifiquement. Non seulement ils sont inefficaces (hormis peut-être un léger effet placebo), mais ils sont aussi potentiellement dangereux. 
Par contre, en cas de troubles de l’érection, le médecin peut prescrire un traitement contre les troubles érectiles.

Traiter les troubles de l’érection

Médicaments, pompe à vide, injections, prothèse… La médecine dispose aujourd’hui d’un véritable arsenal thérapeutique pour soigner efficacement les troubles de l’érection.

Au-delà de 50 ans, 85 % des troubles de l’érection ont une cause physique et peuvent révéler un problème de santé potentiellement grave (de l’athérosclérose, par exemple). Il est donc important d’oser en parler à un médecin. De plus, dans la grande majorité des cas, les traitements actuels permettent de retrouver des érections normales. 

Les médicaments facilitateurs d’érection
La première option envisagée pour traiter des troubles érectiles, ce sont les médicaments facilitateurs d’érection. Ils agissent en relaxant les muscles des artères du pénis, ce qui permet au sang d’y affluer et donc, de provoquer l’érection. 
En France, quatre médicaments facilitateurs d’érection sont disponibles sur le marché : 
• le Viagra®, 
• le Cialis®, 
• le Levitra®,
• le Spedra®.
Chacun de ces médicaments existe en différents dosages. Leur durée d’action varie entre 4 et 36 heures. 
Si l’homme éprouve du désir et en présence d’une stimulation sexuelle adéquate, les facilitateurs d’érection sont efficaces dans 70 % des cas. Ces médicaments sont faciles à utiliser, sûrs et provoquent peu d’effets secondaires. La seule contre-indication absolue est la prise conjointe de dérivés nitrés, prescrits aux personnes souffrant d’angine de poitrine, ou de « poppers », une substance vasodilatatrice aux effets euphorisants, interdite en France. 

La pompe à vide
La pompe à vide permet d’obtenir une érection de façon mécanique. Le patient introduit son pénis dans un tube et actionne la pompe (manuelle ou électrique), afin de chasser l’air du tube. La différence de pression provoque un afflux de sang dans les corps caverneux du pénis et donc une érection. Pour maintenir l’érection, un anneau de constriction doit être inséré à la base du pénis. P as la solution la plus aisée ni la plus élégante !

Les injections intra-caverneuses
Les injections intra-caverneuses consistent à injecter dans le pénis (corps caverneux) une substance qui élargit le diamètre des vaisseaux sanguins (vasodilatatrice), à l'aide d'un stylo injecteur ou d'une petite seringue prête à l'emploi. Cette technique, peu douloureuse, permet d’obtenir une érection dans les 10 minutes suivant l'injection.  
Les injections intra-caverneuses peuvent être prescrites : 
• quand les médicaments facilitateurs d’érection n’ont pas fonctionné, 
• aux patients qui ont les nerfs ou la moelle épinière lésés (les paraplégiques, par exemple), 
• aux patients qui ont subi une ablation de la prostate.
Les injections intra-caverneuses sont efficaces dans 70 à 80 % des cas.  

Les prothèses péniennes
Lorsqu’aucun des précédents traitements n’a fonctionné, on peut envisager la mise en place chirurgicale et sous anesthésie d'une prothèse pénienne. Il s’agit d’un implant semi-rigide ou gonflable que l’on place directement dans le pénis. Cette technique donne de bons résultats dans plus de 90 % des cas.

Ménopause ne rime pas avec fin de la sexualité

La ménopause ne sonne pas forcément le glas de la vie sexuelle. Par contre, il est vrai qu’elle peut plus ou moins fortement influencer la sexualité des femmes, aussi bien sur le plan physique que psychologique. 


Une femme est considérée comme ménopausée lorsque ses règles ont cessé depuis au moins un an. La ménopause et la période qui la précède, la périménopause, se caractérisent par un effondrement du taux d’œstrogènes dans l’organisme. Ces hormones sexuelles féminines influencent directement de nombreuses zones et fonctions du corps : les organes génitaux, les os, la peau, les artères, la répartition des graisses dans le corps, l’humeur et le sentiment général de bien-être. La ménopause est donc plus qu’une phase : c’est un important bouleversement hormonal, physiologique, sexuel, émotionnel et psychologique que les femmes vivent plus ou moins bien… ou pas ! 

La sécheresse et l’atrophie vaginales
« Chez la majorité des femmes, la carence en œstrogènes entraîne une sécheresse de la muqueuse vaginale, qui rend douloureux les rapports sexuels », explique le Dr Sylvain Mimoun, gynécologue et andrologue (1). « Sans traitement, les tissus peuvent s’assécher à l’extrême jusqu’à l’atrophie de la muqueuse vaginale. » Le bon équilibre de la flore vaginale étant perturbé, la femme est également plus vulnérable aux petites infections et aux cystites. Ce qui explique sans doute pourquoi plus de la moitié des femmes ménopausées déclare ne plus avoir envie de faire l’amour… 

Les traitements contre la sécheresse vaginale
Les symptômes de la ménopause et le désintérêt pour la sexualité qui en découle ne sont pas une fatalité. Si la femme désire poursuivre ou reprendre une vie sexuelle, suite à une rencontre avec un nouveau partenaire, par exemple, des solutions existent.  
• Les traitements hormonaux de substitution (THS) par voie orale diminuent les symptômes de la ménopause, mais ils sont contre-indiqués chez les femmes qui ont (eu) un cancer du sein ou qui sont à risque d’en avoir un, à cause d’antécédents familiaux, par exemple ;
• Les traitements hormonaux locaux, sous forme de gel ou d’ovule, régénèrent les parois du vagin et augmentent sa lubrification ;
• Le laser vaginal pulsé est une sonde que l’on introduit dans le vagin et qui régénère les cellules de la muqueuse vaginale. Autrefois réservée aux patientes atteintes de cancer hormonodépendant (du sein, de l’endomètre, etc.) et dont le traitement a provoqué une sécheresse vaginale, cette technique, qui donne d’excellents résultats, est désormais proposée aux femmes souffrant d’atrophie des muqueuses vaginales ou de sécheresse sévère, même si elles n’ont pas eu de cancer. 

L’envie d’avoir envie
Cela dit, aucun de ces traitements ne sera pleinement efficace si la femme n’est pas motivée à conserver ou retrouver une vie sexuelle. « Il faut avoir envie d’avoir envie ! », rappelle le Dr Mimoun. « Dans cette optique, le seul véritable allié de la femme, c’est son propre plaisir. Si elle n’en prend pas, si elle n’a pas envie d’en prendre, alors les traitements ne serviront à rien. Non pas qu’il faille se forcer, mais la sexualité d’une personne ménopausée demande parfois un peu plus de “travail” et de patience. À cet égard, l’attitude du partenaire est déterminante. S’il se montre patient, tendre et à l’écoute, la femme se sentira plus en confiance et plus désireuse de poursuivre ou de reprendre une activité sexuelle satisfaisante. »


Merci au Dr Sylvain Mimoun, gynécologue et andrologue, et responsable du Centre d’andrologie de l’Hôpital Cochin, à Paris


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