12 avril 2012

Anxiété et angoisse

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L’anxiété est fréquente chez les personnes âgées et peut être à l’origine d’une perte d’autonomie.

Généralités

L’angoisse est un mal de notre temps, qui témoigne d’une souffrance psychique et physique. L’échéance inéluctable de la mort, l’incidence des affections liées au vieillissement, les traumatismes affectifs, les changements de vie souvent imposés rendent la personne âgée vulnérable.

Les problèmes d’angoisse sont aussi courants chez les personnes âgées que chez les jeunes. Les études montrent que près de 20% des personnes âgées de plus de 65 ans ont eu un trouble anxieux au cours des 6 derniers mois.

Que se passe-t-il ?

Anxiété et angoisse ont une même racine étymologique, le mot latin « angere », qui signifie serrer et qui renvoie aux conséquences physiques de ces états mentaux.

  • L’anxiété : est un sentiment proche de l’angoisse mais relatif à une difficulté réelle.
  • L’angoisse : est de l’ordre du vécu et sans objet, face à laquelle il n’y a pas de solution. On observe une sorte d’immobilité de l’esprit. Elle est dramatique pour celui qui la vit.

Angoisse et anxiété peuvent donc être différenciées, mais peuvent aussi être associées : des crises d’angoisse peuvent survenir sur un fond d’anxiété, on peut ressentir l’anxiété d’avoir de nouvelles crises d’angoisse.

Les symptômes

L’anxiété est un tableau clinique associant des manifestations psychiques de détresse et des symptômes somatiques.

Les symptômes somatiques sont :

  • Des palpitations
  • Une sudation excessive
  • Une pâleur
  • Une sensation d’oppression thoracique, d’étouffement
  • Une dyspnée
  • Une sécheresse buccale
  • Des sensations vertigineuses
  • Des nausées, une gêne abdominale
  • Des tremblements

Par ailleurs, d’autres signes indirects peuvent révéler une anxiété :

  • Peur irrationnelle ou excessive,
  • Vérification et contre vérification à des fins de sécurité,
  • Accumulation et collection,
  • Refus de faire des activités courantes ou préoccupation excessive d’une routine,
  • Évitement des situations sociales.

On classe les troubles anxieux en deux catégories :

L’anxiété primaire :

  • Trouble anxieux généralisé : lorsqu’une personne s’inquiète à l’excès pendant une longue période de temps (elle constitue un fond anxieux chronique et permanent).
  • Trouble panique : lorsqu’une personne vit un épisode de peur intense, souvent accompagnée de symptômes cardiaques.
  • Les phobies : lorsqu’une personne a peur de quelque chose en particulier, par exemple une hauteur, des araignées.
  • Trouble obsessionnel compulsif : lorsqu’une personne voit un danger dans les chose de tous les jours et a des rituels qui prennent du temps pour sécuriser son environnement.
  • Etat de stress post traumatique : lorsque la personne revit la peur qu’elle a vécue pendant un événement traumatisant, comme une agression ou un accident.
  • Trouble anxieux organique

L’anxiété secondaire :

  • Affection somatique.
  • Affection psychiatrique (maladie psychiatrique sous-jacente, source d’anxiété).

Le diagnostic

L’expression de l’anxiété chez la personne âgée est souvent atypique et les symptômes peuvent être trompeurs. Il est très fréquent qu’elle se fasse exclusivement sur le versant somatique.

En effet, le vieillissement physiologique et les éventuelles maladies associées entraînent des modifications du corps et du vécu corporel, ce qui explique le recours à la plainte somatique comme expression de la souffrance psychologique.

L’anxiété peut également être l’expression d’une affection somatique sous jacente ou de son aggravation d’où l’intérêt de l’examen et de l’écoute du patient.
Il est donc impératif de ne pas méconnaître une affection somatique. Il peut s’agir de maladie cardiovasculaire (infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque), pulmonaire (embolie pulmonaire), neurologique (accident vasculaire cérébral, maladie de parkinson, démence), endocrinienne (hypoglycémie), métabolique (déshydratation ).
Une affection psychiatrique (dépression mélancolique, confusion mentale) doit également être recherchée. Le risque majeur est le passage à l’acte suicidaire. Une cause médicamenteuse ou un sevrage médicamenteux (corticoïde, psychotrope), ou un abus de substances psycho-stimulantes (alcool, café) devra aussi être recherché.

Enfin il peut s’agir d’une anxiété réactionnelle aux événements pour laquelle, souvent, il n’est pas recommandé de traiter par des anxiolytiques.

Conséquences sur la perte d’autonomie

L’anxiété peut se manifester par des plaintes concernant les fonctions cognitives en particulier mnésiques (de mémoire) pouvant évoquer une démence débutante. Il ne faut pas négliger ces plaintes mnésiques qui sont souvent plus invalidantes que ce qu’on imagine.

Par ailleurs, le patient dément étant incapable d’exprimer ses problèmes de santé, et encore plus une situation inconfortable (mauvaise installation, problème social, ou environnemental), l’anxiété est souvent un signal d’alarme.

Les différentes formes d’anxiété sont un risque majeur d’isolement, de désocialisation et de perte d’autonomie.

Dans le cadre de la chute par exemple, la personne âgée présente souvent une anxiété et une phobie de la marche, même si le bilan médical ne montre pas de conséquences traumatiques. Souvent, la personne âgée reste confinée à son fauteuil et, à chaque fois qu’elle est mobilisée, elle se raidit et se projette en arrière. Ce comportement de rétropulsion est le témoin d’une appréhension majeure de la marche qui favorise la perte d’autonomie et le syndrome de désadaptation posturale (ou syndrome post chute) responsable d’une invalidité motrice durable.

De même, la personne âgée victime ou témoin d’un traumatisme tel que deuil, accident, agression, déménagement, mise en retraite, institutionnalisation, présente alors une anxiété aigue post traumatique (réactionnelle) responsable parfois d’anxiété, majorant le risque d’isolement et pouvant aller jusqu’à la dépression.

Chez le patient présentant des troubles cognitifs sévères, les comportements anxieux peuvent avoir des conséquences très négatives pour lui mais aussi pour les aidants et les professionnels de santé ou du secteur social. Ils peuvent favoriser la survenue d’autres complications de la démence : troubles nutritionnels, traumatismes physiques et chutes.
Ils concourent à une stigmatisation psychiatrique du malade qui peut être responsable de contre-attitudes négatives de la part de l’entourage, de négligences, voire de maltraitance.

Qui est exposé ?

L’anxiété est liée :

  • à des événements stressants ou traumatisants,
  • à la consommation de médicaments, ou d’alcools,
  • à des antécédents familiaux de troubles anxieux,
  • à des problèmes médicaux ou psychiatriques et ce d’autant plus qu’ils sont chroniques.

Comment vivre avec ?

Il est important d’évaluer la personne âgée dans sa globalité pour établir une prise en charge cohérente, optimale et humaine.

La prise en charge implique de traiter les maladies somatiques et psychiatriques éventuelles.
Il importe également de cerner la demande d’aide psychologique du patient et d’y répondre.
Il est important de ne pas banaliser la plainte mnésique et de faire un dépistage d’éventuels troubles cognitifs par quelques tests, réalisables en consultation mémoire ou en hôpital de jour gériatrique.
La prise en charge non médicamenteuse et l’accompagnement du patient et de sa famille doivent être systématiques, avec en particulier :

  • Améliorer l’aménagement spatial et temporel du lieu de vie, créer un environnement apaisant.
  • Réduire le niveau de stress.
  • Créer des activités récréatives individuelles ou collectives (activités physiques, ateliers de peintures, de cuisine, relaxation).
  • Soutien psychologique des aidants.
  • Prise en charge par un psychologue.
  • Thérapie cognitivo-comportementale parfois, réalisable en accueil de jour gériatrique.

Comment prévenir ?

Au quotidien, l’entourage doit connaître quelques règles :

  • Parler sur un ton calme et rassurant.
  • Ne pas banaliser la plainte.
  • Reconnaître les peurs, mais sans être infantilisant.
  • Soutenir la personne mais pas son angoisse.
  • Encourager les personnes à participer à des activités sociales.
  • En parler au médecin rapidement si l’angoisse devient invalidante au quotidien.

Les traitements

Le projet thérapeutique doit être établi au cas par cas, en fonction :

  • de l’histoire complète, incluant les maladies associées, les interactions médicamenteuses, les résultats des traitements anxiolytiques antérieurs ;
  • de la sévérité et la durée de l’anxiété ;
  • de l’existence de trouble de la personnalité sous-jacent ;
  • du retentissement fonctionnel des symptômes ;
  • des attentes du patient ;
  • de l’éventuel support familial ou de l’entourage.

Le traitement médicamenteux doit être instauré par le médecin. Les médicaments anxiolytiques font partie de la famille des benzodiazépines. Ces médicaments contribuent à atténuer l’angoisse. Cependant, ils peuvent également causer des pertes de mémoire, une confusion et des pertes d’équilibre, majorant le risque de chute. Lorsqu’elles sont prises régulièrement pendant une longue période, les benzodiazépines peuvent créer une dépendance.

Certains traitements antidépresseurs sont indiqués dans certains cas. Un suivi médical est indispensable et toute prise de médicament doit être prescrite par le médecin et signalée à tout médecin lors des consultations. Un suivi doit se poursuivre également après la fin du traitement en raison du risque de rechute ou de récidive.


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